Pas de rétablissement des effets de la COVID-19 sans un soutien accru aux enseignant.e.s

Par Marco Grazia, Dennis Sinyolo & Gabriela Miranda
 
En cette Journée Mondiale des Enseignantes et des Enseignants, alors que les communautés du monde entier continuent de subir l'impact de la COVID-19, la reconnaissance et la commémoration des enseignant.e.s ne suffisent tout simplement pas. L'importance des enseignant.e.s pour la vie et le bien-être des enfants et des jeunes n'a jamais été aussi ressentie. Le rôle central des enseignant.e.s dans les efforts de sortie de la crise imposée par la COVID-19 est plus que clair. Cependant, ce qui est moins clair, c'est le soutien dont les enseignant.e.s eux/elles-mêmes bénéficient pour jouer leur rôle indispensable tout au long de la résilience et du retour à la normale.
 
Rien ne remplace un.e bon.ne enseignant.e
 
La pandémie mondiale et son impact sur l'éducation ont révélé des défaillances dans les systèmes éducatifs et posé de nouveaux défis pour une nouvelle ère. Les enseignant.e.s ont joué un rôle déterminant dans l’élaboration des réponses éducatives et ont fait preuve de créativité, pour s'adapter aux nouvelles circonstances (UNESCO). Les fermetures d'écoles et les longues interruptions ont contraint les enseignant.e.s à adapter leurs méthodes d'enseignement, passant des cours traditionnels en présentiel aux leçons en ligne, à préparer et dispenser les leçons et le matériel d'apprentissage d'une nouvelle manière, et à trouver de nouveaux moyens pour s’entretenir avec les apprenants. Cependant, dans de nombreux pays en voie de développement, l'apprentissage a été très limité pour cause de défis numériques.  Cette situation a attiré l’attention de nombreux parents, familles et communautés sur l'importance de l'apprentissage en présentiel et le rôle que jouent les enseignants pour le bien-être des enfants.
 
Alors que de nombreuses régions du monde se sont tournées vers l'apprentissage à distance pour atténuer l'impact de la COVID-19, près de la moitié des apprenants dans le monde - 826 millions du pré-primaire au supérieur - ne disposent pas d'un ordinateur à domicile et 706 millions (43 %) n'ont pas accès à l’internet chez eux (UNESCO). Selon un nouveau rapport de World Vision sur une évaluation menée dans la Région Asie-Pacifique, entre avril et juin 2021, deux tiers des enfants ont déclaré que leurs écoles étaient toujours fermées, et 40 % ne participaient pas aux cours, y compris à distance. Même ceux qui ont pu accéder à l'enseignement à distance témoignent qu'il est très insuffisant par rapport à l'apprentissage en présentiel. Comme le décrit Aisha, au Nigeria, il a été difficile de rattraper l'apprentissage perdu pendant la fermeture des écoles : "Le pire quand on n'est pas à l'école, c'est la quantité de choses que l'on rate. Comme nous le savons tous, apprendre face à un écran et apprendre en présentiel ne sont pas les mêmes."
 
Au-delà de l'apprentissage, les enfants et les jeunes admirent leurs enseignant.e.s en tant que mentors, modèles et un soutien supplémentaire pour leur bien-être de manière générale. Dans de nombreux contextes, les enseignant.e.s jouent un rôle essentiel dans la protection des enfants contre les violences et les abus. Ils sont souvent les premiers à remarquer qu'un enfant est affecté par une situation familiale ou qu'il est victime de harcèlement à l'école, et ils sont en mesure de travailler avec les familles et les membres de la communauté pour trouver des solutions. Par exemple, les enseignants comme Patrick en Ouganda peuvent soutenir les filles pour les protéger du mariage précoce et les aider à poursuivre leur éducation.
 
Les enseignant.e.s ont besoin de protection et de soutien
 
Si la poursuite de l'éducation et la protection des enfants sont des priorités absolues, nous ne pouvons ignorer que les enseignant.e.s eux/elles-mêmes ont été gravement touché.e.s par la pandémie. L’hommage rendu par l'Internationale de l'Education aux collègues que nous avons perdus pour cause de la pandémie de la COVID-19, en est une parfaite illustration.
 
En période de crise comme celle de la COVID-19, les enseignant.e.s doivent être protégé.e.s et bénéficier d'un soutien psychosocial. Ils/elles doivent également être doté.e.s de compétences spécifiques en matière de soutien psychosocial et d'apprentissage socio-émotionnel, afin de pouvoir, à leur tour, mieux soutenir les apprenants et les enfants touchés.
 
Cela est d'autant plus nécessaire dans les contextes d'urgence et de crise où les enseignants manquent déjà de soutien et de ressources et sont confrontés à des défis existants tels que des infrastructures médiocres, des enfants souffrant de stress post-traumatique préexistant, et des problèmes de sécurité (INEE). Le soutien de partenariats comme Education Cannot Wait (ECW) est essentiel dans ces contextes. Le rapport annuel des résultats d'ECW récemment publié montre l'importance de soutenir les enseignants pour maintenir la qualité et la continuité de l'éducation dans les contextes de crise. En 2020, ECW a recruté et soutenu financièrement 12.182 enseignant.e.s et formé 42,381 enseignant.e.s, dont 17 469 ont été formé.e.s à la réduction des risques de catastrophe, à la préparation aux situations d'urgence et à la gestion des risques. Quelque 310.600 enseignant.e.s ont été formé.e.s sur des sujets liés à la COVID-19, tels que l'apprentissage à distance, les protocoles de la COVID-19, la promotion de la santé et de l'hygiène. Bien que ces résultats soient remarquables, ils demeurent une goutte d'eau dans l'océan compte tenu des millions d'enseignant.e.s qui ont besoin d'un soutien dans des contextes de crise ou de fragilité. 
 
L'impact économique supplémentaire de la pandémie et, par exemple, l'augmentation de la faim qui en découle peuvent également contraindre non seulement les enfants mais aussi les enseignant.e.s à sacrifier leurs responsabilités scolaires pour aller à la cherche de la nourriture ou les moyens pour en acheter (World Vision). Les enseignant.e.s doivent être soutenu.e.s en priorité, notamment par le versement ininterrompu des salaires, afin de les protéger des impacts de la COVID-19 et d’assurer leur présence et leur bonne préparation à la réouverture des écoles.
 
Le monde était déjà confronté à une pénurie mondiale d'enseignant.e.s avant la COVID-19, avec 69 millions de nouveaux/elles enseignant.e..s nécessaires pour atteindre l'ODD 4. Alors que des partenariats tels que l'ECW ont permis d'augmenter la proportion d'enseignant.e.s formé.e.s spécifiquement sur des questions relatives à l'éducation en situation de crise - telles que la santé mentale, le soutien psychosocial, le genre et l'inclusion dans les réponses à la COVID-19 - la crise menace toujours d'exacerber cette pénurie, si l'on n’en fait  pas davantage (INEE).
 
Un appel à soutenir les enseignant.e.s en cette Journée Mondiale des Enseignants
 
Les enseignant.e.s ont droit à un travail décent et à travailler dans un environnement sécurisé, sain et doté de ressources suffisantes. Ils/elles ont besoin du soutien indéfectible des gouvernements, des communautés et des partenaires internationaux. Les enseignant.e.s doivent pouvoir travailler dans des conditions décentes, sans discrimination, avec l'égalité de traitement salarial et l'égalité des chances pour les enseignantes.
 
Aujourd'hui, en reconnaissance du rôle essentiel que les enseignant.e.s jouent dans la société, nous invitons les gouvernements, les agences internationales et les communautés à :
  • Impliquer les enseignant.e.s dans les processus d'élaboration des politiques et de prise de décisions, par exemple dans l'élaboration des programmes d'éducation nationale, des plans d'intervention d'urgence, et de toute décision susceptible d'affecter leur travail et la politique éducative.
  • Soutenir la formation, le développement professionnel et les conditions de travail des enseignant.e.s tout au long des crises, y compris le soutien psychosocial, le renforcement des compétences et le paiement ininterrompu des salaires.
  • Accroître le soutien aux partenariats tels que le ECW et le Partenariat Mondial pour l'Education, qui jouent un rôle essentiel dans la réponse aux crises éducatives et le retour à la normale.
  • Recueillir les leçons tirées de l'impact de la COVID-19 sur les enseignant.e.s pour une planification plus efficace de la réponse aux crises futures.
Marco Grazia, Directeur Mondial de la Protection de l'Enfance et de l'Education dans les Situations d'Urgence à World Vision International, Dennis Sinyolo, Directeur Régional de l'Internationale de l'Education Région Afrique, et Gabriela Miranda, Stagiaire- Unité Technique de la Protection de l'Enfance dans l'Action Humanitaire et de l'Education dans les Situations d'urgence à World Vision International.

[Fri, 08 Oct 2021 11:09:00 +0200] | DIGG CETTE

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