Pas d’émergence de l’Afrique sans financement public conséquent de l’Education au niveau national.

Comme pour les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), et indépendamment de l’impact de la pandémie de COVID-19, les Objectifs de Développement Durable (ODD), notamment l’ODD4 visant à assurer à toutes et tous une éducation de qualité, risquent fort de ne pas être atteints en 2030. Alors que se tient cette semaine le Sommet Mondial sur l’Education, point culminant de la campagne de financement du Partenariat Mondial pour l’Education (GPE en anglais) d’ici à 2025, quelle crédibilité donner aux engagements des chefs d’Etat et de la communauté internationale quand ils se suivent et ne produisent jamais les effets escomptés ?
 
L’Education est la base de tout développement durable et partie à la solution de pratiquement  tous les autres problèmes ; un investissement national adéquat et sécurisé s’impose aux gouvernements pour assurer une éducation publique inclusive de qualité, gage de l’émergence en Afrique.
 
Le financement de l’éducation est du ressort de l’Etat. Pour la souveraineté et le développement, Il est important et urgent que le financement du secteur de l’éducation soit assuré par les ressources nationales et que l’apport extérieur ne vienne qu’en appoint.
 
Alors que des études notent une évolution croissante des Produits Intérieurs Brut (PIB) en Afrique [1] , les budgets alloués à l’éducation ont peu évolué. Ils se situent en moyenne, en Afrique subsaharienne, autour de 4,6% du PIB et représentent moins de 20% du budget national.
 
Paradoxalement, même si les Etats semblent se conformer à la Déclaration d’Incheon qu’ils ont adoptée en 2015, sans toutefois atteindre les maximas de 6% du PIB et 20% du budget national dédiés au financement de l’éducation, les besoins en éducation et formation de qualité restent insatisfaits. Cela entraine une grande instabilité des systèmes éducatifs, l’exclusion et l’abandon de beaucoup d’adultes, de jeunes, d’enfants dont surtout des filles mais aussi le déficit en personnel enseignant et en intrants.
 
La crise sanitaire avec l’avènement de la COVID-19 a mis à nu les systèmes éducatifs, exacerbé les multiples déficits de tous ordres dans l’éducation et les besoins de plus de financement du secteur. De nouveaux paradigmes se sont invités dans l’éducation, l’enseignement à distance auquel beaucoup de systèmes n’étaient pas préparés et qui crée de nouveaux besoins, de nouvelles contraintes pour l’accessibilité de l’éducation à tous et toutes sans exclusive.
 
Il est devenu un impératif pour nos Etats de prendre des décisions idoines pour faire de l’éducation une sur-priorité. Il s’agit de réorienter les ressources existantes mais aussi de rechercher des recettes additionnelles en prospectant des sources de financements innovants, tels que la taxation des biens et services comme les transactions financières, les télécommunications, les produits de luxe, l’exploitation des ressources naturelles et la protection de l’environnement.
L’utilisation de ces niches de financements ainsi que la rigueur dans le financement budgétaire, et notamment une allocation efficace des subventions et une meilleure régulation des exonérations, pourraient fournir un financement interne conséquent qui proviendrait de sources stables.
 
Cela est à portée de main, avec une volonté politique ferme des gouvernements, ainsi que la pression des syndicats et autres acteurs de la société civile.
 
L’Internationale de l’Education et ses organisations membres ont un rôle important à jouer et le devoir de se mobiliser davantage pour amener les Etats à respecter leurs engagements : assurer un investissement adéquat dans l’éducation et dans la profession enseignante.
 
L’émergence des pays dépend de la qualité de leurs personnes ressources et passe nécessairement par une éducation publique inclusive de qualité. 
 
Marième SAKHO DANSOKHO est professeure de mathématiques et Secrétaire Générale du Syndicat des Professeurs du Sénégal, SYPROS. Secrétaire confédérale chargée de l’Education et de la Formation à la Confédération Nationale des Travailleurs du Sénégal (CNTS), Marième est aussi Membre du Comité exécutif de l’Internationale de l’Education. De 2013 à 2016, Marième a siégé au Conseil d’administration du Partenariat Mondial pour l’Education en tant que représentante de la profession enseignante.
 

[Wed, 18 Aug 2021 16:04:00 +0200] | DIGG CETTE

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