Cameroun : renforcement syndical pendant et au-delà de la pandémie de COVID-19

Suite à la pandémie de COVID-19, « la débrouille a été le dénominateur commun des actions menées », a expliqué le président du Syndicat des travailleurs des établissements scolaires privés du Cameroun (SYNTESPRIC), Luc Nhyomog.
 
Il a ajouté que « la volonté de sauver l’année scolaire a inspiré les autorités à imaginer les cours en ligne, sans prise en compte de la réalité de notre environnement, même comme ils ne comprenaient que les apprenants des classes d’examen. Ceux des classes intermédiaires restant sans idée de leur avenir. » 
 
C’est dans cette ambiance que chaque établissement est allé de son « génie », souligne-t-il.
 
Déroulement des apprentissages
 
Ajoutant que, sans ligne directrice, les employeurs des écoles privées faisaient ce qu’ils voulaient avec leurs enseignant∙e∙s pour sauver l’image de leurs écoles devant les parents, il a regretté que :
  • Les autorités n’ont pas jugé utile de s’entourer des syndicats.
  • La majorité des enseignant∙e∙s a travaillé sans moyens d’accompagnement. 
  • Leur temps de travail pour certain∙e∙s était illimité, au mépris parfois de leur vie privée.
 
Impact négatif de la COVID-19 sur le syndicat et ses membres
 
Par ailleurs, Nhyomog a souligné que la fermeture des écoles, comme une des mesures pour limiter la propagation du virus, a entraîné la mise en chômage technique des enseignant∙e∙s avec pour conséquence :
  • La suppression ou la coupe drastique sans avertissement, sans consultation des salaires, en violation de la loi camerounaise ;
  • L’aggravation de la situation déjà précaire des enseignant∙e∙s du privé : beaucoup d'entre eux∙elles vivent des cours parallèles, leur salaire tournant autour de 80 euros par mois pendant 10 mois ;
  • La perte considérable de cotisations syndicales ;
  • L’accumulation des impayés du loyer pour le syndicat ; et
  • La réduction considérable des possibilités de communication et de déplacement.
 
C’est pour cela que le SYNTESPRIC a souhaité s’engager dans : 
  • La sensibilisation, voire un plaidoyer en direction des employeurs et les représentant∙e∙s des administrations chargées du suivi de la mise en œuvre des lois existantes est nécessaire ;
  • L'augmentation du nombre de ses adhérent∙e∙s, pour une assiette des cotisations plus large et l'atteinte d’une masse critique, « capable de crier fort contre le mépris et la maltraitance » ;
  • Le renforcement des capacités des délégué∙e∙s dans les écoles pour en faire des agents de recrutement, tout en consolidant les acquis ; et
  • Une bonne communication sur ses activités.
 
Ateliers organisés par le SYNTESPRIC 
 
Grâce au fonds de solidarité COVID-19 de l’Internationale de l’Éducation, le syndicat a d’ores et déjà organisé des ateliers sur les droits syndicaux et l’organisation syndicale pour ses membres dans plusieurs régions. 
 
S’il a déploré que la participation des enseignant∙e∙s aux ateliers a été rendue difficile en raison de la précarité dans laquelle il∙elle∙s vivent, Nhyomog s’est réjoui que ces ateliers ont été très utiles car, « chez les autorités comme chez les fondateurs (propriétaires d’écoles privées), il y a une méconnaissance du rôle des délégués du personnel, de l’importance du syndicat. Sans cela il y a beaucoup d’abus. ». Dans plusieurs ateliers, les autorités ont même exprimé leur souhait d’une présence plus systématique du syndicat.
 
Il s’est aussi félicité que ces ateliers aient suscité l’enthousiasme des enseignant∙e∙s, certain∙e∙s semblant attendre qu’une telle initiative soit mise en place pour s’investir véritablement dans le syndicat.
 
Par ailleurs, le bulletin syndical que vient de réaliser le SYNTESPRIC doit contribuer à diffuser la parole syndicale dans les écoles privées, et ainsi permettre aux enseignant.e.s de mieux se défendre contre les abus de pouvoir.

[Wed, 07 Oct 2020 11:15:00 +0200] | DIGG CETTE

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