Sénégal : reprendre les enseignements à tous les niveaux en préservant les vies

Dans le cadre de la lutte contre la pandémie du COVID 19 aux conséquences sanitaires, économiques et sociales désastreuses, beaucoup de mesures salutaires et opportunes ont été prises dont la fermeture des établissements scolaires et universitaires publics et privés depuis le 16 mars, indique Amadou Diaouné, secrétaire général du Syndicat unitaire et démocratique des enseignants du Sénégal (SUDES) et coordinateur de l’Union Syndicale pour une Éducation de Qualité (USEQ), structure qui regroupe les affiliés sénégalais de l’Internationale de l’Éducation.

Enseignement et apprentissage à distance, « un pis-aller » 

En l’absence de prévisions fiables sur la durée des différentes phases d’évolution de l’infection virale et surtout sur la fin de celle-ci, de nombreuses initiatives publiques et privées ont été promptement entreprises pour la continuité pédagogique au Sénégal.Toutes ces initiatives s’inscrivent dans diverses modalités de l’enseignement à distance.

Le SUDES salue et soutient fortement toutes ces initiatives. Il encourage les acteur∙trice∙s à poursuivre les expériences en cours en les améliorant pour permettre l’accès du plus grand nombre possible d’apprenant∙e∙s.

Néanmoins,les syndicalistes enseignant∙e∙snotent les nombreuses insuffisances et les limites objectives de l’enseignement à distance, qui selon eux∙elles ne peut garantir ni la qualité souhaitable des apprentissages, ni l’inclusion de tous les apprenant∙e∙s. Il∙elle∙s relèvent de plus le déficit, voire l’absence, de l’interactivité qui est au cœur de la démarche pédagogique.

« En vérité, du fait de l’impréparation et donc de l’improvisation liées à la soudaineté de la pandémie, il s’agit de solutions de pis-aller qui sont toutefois d’un grand intérêt dans ce contexte », explique Diaouné.

Sauvegarder l’année scolaire et académique 2019-2020 

C’est pourquoi, pour le SUDES, l’organisation en temps opportun de cours en mode présentiel est indispensable pour la validation de l’année et des examens scolaires. Tout le problème est de déterminer la période opportune pour la réouverture des établissements scolaires et universitaires.
Le syndicat de l’enseignement sénégalais considère que toute date de réouverture doit être strictement subordonnée à l’avis favorable du Comité national de Gestion des Epidémies (CNGE), aucune décision politique de reprise des cours n’étant acceptable à ses yeux sans cette caution scientifique.

« Il faut en effet réunir les conditions optimales de garantie de la santé des élèves, des étudiants, des enseignants et des parents. C’est pourquoi, l’organisation de la reprise des cours est une opération de très grande complexité », insiste Diaouné.

En tout état de cause, la réouverture des écoles et universités à la date du 4 mai apparaît bien aléatoire au regard de l’évolution croissante de la pandémie dans le pays. Pour le SUDES, le report semble s’imposer pour limiter la propagation exponentielle avec les mouvements quotidiens des millions d’élèves et d’étudiant∙e∙s, vecteurs potentiels qui exposeraient dangereusement leurs parents et grands-parents qui sont des personnes à risque élevé. 

Les éducateur∙trice∙s doivent néanmoins être prêts à reprendre les enseignements à tout moment du reste de l’année civile pour valider l’année scolaire et académique 2019-2020qui ne doit pas être perdue. La reprise des enseignements suppose une large et régulière concertation pour un consensus et une implication consciente de tous les acteur∙trice∙s du secteur.

Analyse et propositions syndicales 

Dans son document Analyse et propositions daté du 26 avril, le syndicat souligne diverses hypothèses quant au moment opportun pour la reprise possible des cours, mais également aussi les leçons à tirer de cette « douloureuse épreuve » pour l'avenir du système éducatif. À savoir, le syndicat considère que pour gérer cette situation d’urgence pour sauver l’année scolaire, il faut l’accord des acteur∙trice∙s de l’éducation sur quelques idées-forces :

  • Le rejet total de toute idée d’année blanche ou invalide ; 
  • La réouverture des établissements d’enseignement et de formation impérativement subordonnée à l’amélioration sensible de la situation sanitaire certifiée par le CNGE ; 
  • La mise en place de conditions et des mesures préventives indispensables à la sécurité sanitaire des élèves, des étudiant∙e∙s et des enseignant∙e∙s (mesures barrières, distanciation physique) ; 
  • Le refus de considérer l’hivernage comme une « période morte » pour le déroulement des enseignements ; 
  • L’engagement sans équivoque de tous les acteur∙trice∙s à reprendre le travail de classe à tout moment au cours du dernier semestre de cette année civile (juin-décembre 2020) ; et
  • La suspension de toute forme de grève jusqu’à la normalisation de la situation. 

Quatre scénarios fondés sur des hypothèses de dates de reprise des cours et du temps perdu à combler pour respecter la qualité des enseignements ont été proposés par le syndicat dans le document. Ce dernier a été transmis aux autorités ministérielles.

Enfin, Diaouné indique que les éducateur∙trice∙s renouvellent toute leur« reconnaissance aux personnels soignants des hôpitaux et autres centres de traitement à travers le pays, qui sont en première ligne du front dans le combat contre le coronavirus », et saluent « la contribution inestimable des artistes et des médias très créatifs dans la sensibilisation des populations, de même que le dévouement remarquable des forces de défense et de sécurité pour faire respecter les mesures administratives dans la lutte implacable contre le COVID-19 ».

[Thu, 07 May 2020 09:22:00 +0200] | DIGG CETTE

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