Maroc : des grèves et des manifestations pour exiger de meilleures conditions de travail pour les enseignant·e·s contractuel·le·s

Les manifestations s'inscrivent dans le cadre d'une campagne en cours depuis quelques semaines. Les syndicats ont lancé un appel à la grève du 23 mars au 5 avril en solidarité avec leurs collègues sous contrat temporaire. 
 
Les syndicats d'enseignants ont également dénoncé l'absence de dialogue social. En outre, les manifestant·e·s ont rejeté les propositions du gouvernement visant à mettre fin à la contestation, estimant que ces propositions n'étaient pas satisfaisantes. Les enseignant·e·s, pour la plupart de jeunes professionnel·le·s âgé·e·s de 20 à 30 ans, ont organisé des grèves régulières au cours des dernières semaines dans différentes villes marocaines.
 
Les manifestations des enseignant·e·s brutalement réprimées
 
Le 15 mars, les forces de police marocaines en tenue anti-émeute ont utilisé des canons à eau pour mettre fin à un siège réunissant 15.000 enseignant·e·s devant le Parlement. Ils ont dispersé avec violence les manifestant·e·s dans la capitale. Suite à cette répression brutale, les syndicats de l'éducation ont demandé l’ouverture d’une enquête afin d'identifier et de poursuivre ceux qui ont fait usage de la violence contre des manifestant·e·s pacifiques.
 
La crise de la COVID-19 comme alibi pour bafouer le droit de grève des éducateur·trice·s
 
Dans le contexte d'état d'urgence proclamé en mars 2020 pour lutter contre l’épidémie de COVID-19, les autorités publiques ont interdit tout rassemblement et toute manifestation. Le gouvernement se sert de la crise sanitaire, économique et sociale pour réprimer les droits fondamentaux des travailleur·euse·s et adopter une législation régressive comme celle relative au droit de grève. 
 
Les grèves précédentes de novembre 2020 ont été organisées par la Confédération démocratique du travail du Maroc et la Fédération de l’Education Nationale, dans le prolongement des actions menées par la Coordination nationale des enseignants contractuels (NCFCT). Toutes les organisations membres de l’Internationale de l’Éducation au Maroc font partie de la NCFCT – un groupe représentant les enseignant·e·s contractuel·le·s créé en 2017.
 
Les enseignant·e·s contractuel·le·s, qui se décrivent comme des « éducateurs contractuels contraints », ont commencé leur grève en 2019 en réclamant leur intégration complète dans le secteur public.
 
La NCFCT a signalé et condamné le fait que gouvernement ait déduit un montant égal à 162 $ (137 €) des salaires des enseignant·e·s contractuel·le·s ayant participé à des manifestations en 2019 et 2020. Elle a demandé à ce que les enseignant·e·s licencié·e·s bénéficient d’une procédure légale, que le droit de grève soit protégé, que les salaires soient augmentés sur une base périodique, que la formation des enseignant·e·s soit renforcée, que le transport des élèves soit amélioré et que davantage d’écoles soient construites.
 
Le gouvernement obstinément sourd aux revendications des enseignant·e·s 
 
Depuis 2019, les syndicats d'enseignants se réunissent pour protester contre la précarité des conditions d'emploi des enseignant·e·s.
 
Le 20 février 2019, à l’occasion de l’anniversaire du printemps arabe, des milliers d’enseignant·e·s sont descendu·e·s pacifiquement dans la rue à Rabat pour exiger que le gouvernement respecte leurs droits.
 
Il·Elle·s ont été accueilli·e·s par la violence des forces de l'ordre, qui ont tiré des canons à eau et chargé les enseignant·e·s avec des matraques. S’en sont suivies des grèves intersyndicales d’une ampleur sans précédent, avec plus de 70.000 enseignant·e·s participant aux grèves pendant plus de trois semaines. 
 
Le 23 mars 2019, à l'occasion de l’anniversaire des manifestations étudiantes de 1965 qui ont fait plusieurs morts, plus de 10.000 enseignant·e·s ont manifesté à Rabat pour exiger des réformes.
 
Les enseignant·e·s contractuel·le·s lésé·e·s 
 
Si les enseignant·e·s contractuel·le·s ont le même salaire de départ (environ 5.000 dirhams – soit 470 €) que leurs collègues travaillant dans le secteur public sous contrat permanent, il·elle·s ne bénéficient toutefois pas des mêmes avantages en matière de soins de santé ou de pensions de retraite.
 
En outre, les enseignant·e·s contractuel·le·s ne reçoivent qu’une formation de deux semaines après leurs études universitaires – contre une formation d'un an en milieu scolaire pour les autres enseignant·e·s –, il·elle·s ont moins de possibilités de promotion et leur parcours professionnel n’est pas clairement défini.
 
Cette situation a suscité de profondes inégalités au sein du corps enseignant, les enseignant·e·s sous contrat ne bénéficiant ni des droits fondamentaux du travail ni de la sécurité de l'emploi.
 
Quatre-vingt pour cent des enseignant·e·s travaillant sous contrat ont moins de 30 ans et, selon leurs représentant·e·s, se sentent contraint·e·s d’accepter ces conditions d’emploi médiocres simplement parce qu'il·elle·s n'ont aucune autre possibilité d'emploi. En effet, 23.2 % de la population marocaine âgée de moins de 30 ans est au chômage.
 
Une augmentation du nombre d’enseignant·e·s contractuel·le·s depuis 2016 
 
Les contrats d’enseignement temporaires ont été introduits au Maroc en 2016 et, depuis lors, plus de 50.000 enseignant·e·s ont été embauché·e·s dans le cadre de ce système. Pour les syndicats, cette mesure s'inscrit dans le cadre de l'effort continu du gouvernement pour réduire les dépenses publiques. Actuellement, 55.000 enseignant·e·s sont engagé·e·s sous contrat précaire, soit près de 30 % du corps enseignant. Les enseignant·e·s contractuel·le·s peuvent être licencié·e·s pour avoir « commis une erreur » sans préavis, ni compensation, ni recours. Toutefois, leur contrat ne précise nullement ce qui constitue une telle erreur.

[Wed, 24 Mar 2021 14:28:00 +0100] | DIGG CETTE

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